Rallye de Tunisie (2008)
Rallye de Tunisie 2008
C'est le genre d'opportunité qui ne se refuse pas. Un rallye réputé, une moto "clef en main" (une Yamaha 450 wrf équipé d'un réservoir de 37 litres et de touts les instruments de navigation), un team d'assistance et un prix raisonnable. Voilà que je m'engage pour une participation au Rallye de Tunisie 2008, 4'000km de Rallye-Raid à travers la Tunisie et la Lybie.
Je passe les détails de préparations (surtout préparation physique et des tonnes de papiers administratif à remplir) et voilà qu'un beau jour d'avril, Sylvie et Daniel m'emmène a Marseille, lieu de départ de l'édition 2008 du Rallye de Tunisie.
0) Prologue (2,5km + 20km, 23 avril)
Les vérifications administrative et technique commence à 7h00. Je rencontre finalement le team avec lequel je vais courir. Ils viennent d'arriver aussi. C'est trois pilotes de quad, JC, Alex et Christophe (qui est paraplégique). Ce dernier à déjà plusieurs participation au Shamrock à son actif et sera escorté d'Alex pour ce nouveau challenge. Il y a aussi Joan et Jean-Claude qui s'occuperont de transporter nos affaires, outils & pièce de rechange a bord de leur 4x4 pickup et de nous faire l'entretien mécanique sur les bivouacs et sur certain point d'assistance prévu par le rallye.
Ma Yam est là et la première impression est bonne. L'état général est bon, la selle n'est pas trop haute et le guidon tombe bien sous les mains. Y'a juste le double réservoir (37 litres, alu, fait sur mesure) qu'est bien large et m'empêche de me placer correctement debout sur la moto.
Passé les vérifications administratives qui passent sans encombre (un peu long tout de même avec tout le monde qu'il y a), on passe aux vérifications techniques, mais on a que peu de temps pour présenter la moto. Il faut installer le boîtier GPS / iritrack et connecter toutes les antennes. 1er problème, les trous prévus sur le support de GPS ne tombe pas en face des vis du guidon. Il faudra utiliser d'autres trous, mais qui place le support plus près du pilote ce qui ne facilite pas la lecture de l'écran en roulant. De plus le support n'a pas les crochets pour assurer que le boîtier ne tombe pas.
Sylvie et Daniel font un maximum pour me facilité la tâche et courent à droite et à gauche pour trouver des solutions a mes divers problèmes
On présente la moto au contrôle où on colle les autocollants avec les numéro de courses. 2ème problème, la torche électrique qui alimente tout l'équipement de sécurité (GPS, Iritrack, klaxon Sentinel) ne fonctionne pas. On passe un moment à trouver la cause de la panne (le porte fusible) avant d'avoir le feu-vert pour continuer les vérifications. 3ème problème, la batterie est presque vide, n'autorisant qu'un ou deux démarrage du moteur... et le kick est on fond d'une caisse dans le 4x4!! Dernier problème pour les vérif: y'a pas de contacteur de feux de stop donc le feux de stop ne fonctionne pas... on cours pour chercher une solution et finalement les contrôleurs nous laissent passer et je mets la moto en parc fermé.
Quelques heures plus tard, après le briefing, je reprend la moto pour la petite course du prologue. Ca me permet de tester le comportement de la moto et le fonctionnement du dérouleur de road-book. La spéciale est courte avec 2 grandes lignes droites, une enfilade quelques petits saut (sur la première je remarque que la moto talonne de la fourche alors que je n'ai pas les plein) et finalement quelques virages devant les spectateurs venu pour l'occasion. En sortie de spécial, ma moto fume! J'ai perdu le bouchon du réservoir auxiliaire d'huile et je perd toute mon huile! Heureusement, le fourgon d'assistance n'est pas loin et on emmène vite la moto (c'est stressant les bouchons de Marseille dans ces conditions) pour réparé les dégâts et mettre la moto en parc fermé pour la nuit.
Le lendemain c'est l'embarquement pour Tunis sur le ferry tunisien, le Carthage. Ca fait exactement dix ans, que j'embarquais sur le Napoléon pour aller poser mes tétines pour la première fois dans les sables du Shara dans la région de Ksar Ghilane, que je vais retrouver dans une dizaine de jour. Que de chemin parcouru en une décennie!
On à déjà prévu du boulot pour le premier bivouac à Matmata: En faisant le plein d'eau, je remarque que mon réservoir d'eau de secours (eau de survie) fui. En plus, il était prévu de mettre un autre amortisseur, meilleur, mais c'est pas encore fait. Il est dans une des caisses.
1) Tunis - Matmata (25km +407km, 25 avril)
Pendant la traversé, l'organisateur profite pour nous faire un briefing approfondi et un petit cours sur l'utilisation du matériel de sécurité, le GPS, le téléphone satellite iridium (avec alerte automatique en cas de chute) et l'utilisation du klaxon Sentinel. Ce dernier permet à une voiture de déclencher un avertisseur sur une moto dans un rayon de 150m. Ca permet d'avertir un motard d'un dépassement imminent.
Comme toute les formalités douanières on été faite à bord, le débarquement est rapide. On fait les pleins à la 1ère station et c'est parti pour la première liaison avec plusieurs kilomètre de goudron avant d'arriver à la spécial.
La spécial chronométrée, courte (25km) me permet encore de tester mon matériel et son utilisation. A mon tour je m'élance sur le tracé, un oeil sur la piste l'autre sur le roadbook. Au 3ème virage, le GPS se décroche de son support et je le retrouve sur mes genoux. Heureusement qu'il est tenu par les fils. Comme la spécial n'est pas longue, je continue comme ça jusqu'au CP (Contrôle de Passage), ce qui me permet de m'arrêter un instant et de remettre le GPS à sa place et de l'assurer avec un gros élastique (en fait un bout de chambre à air) qui tenait la vitre du dérouleur de roadbook. Je fini le reste de la spécial sans encombre et cherche le 4x4 d'assistance qui devrait nous attendre, mais ne le trouve pas.
J'apprends que JC c'est sortit dans la spéciale et qu'il c'est fait mal. Son quad est dans un piteux état. On trouve un tunisien qui nous transport le quad et JC jusqu'au bivouac de Matmata (y'a encore plus de 300 bornes). Arrivé sur place, JC est examiné par le staff médical et la décision est prise de l'évacuer sur Djerba. La course est (déjà) finie pour lui. On apprendra par la suite qu'il c'est cassé quelques côtes et légèrement perforé un poumon....
Du coté du bivouac, c'est la surprise pour moi. Je m'attendais à un camp de scout avec un feu central quelques tentes et une gratte! En fait c'est un village qui vient de s'installer avec une énorme tente central et chaque team qui déploie des bâches au sol pour installer les véhicules dessus, des camions spécifiquement conçu pour l'assistance en rallye-raid qui déborde de pièce de rechange et d'outils, des génératrices dans tout les coins, et des éclairages qui ferait honte à un stade de foot un soir de final. L'inconvenant de tout ça, c'est que le repos est difficile. En plus les mécano n'hésitent pas à faire des essais moteurs en plein milieu de la nuit.
De notre coté, Jean-Claude me change l'amortisseur pendant que je colmate la fuite d'eau de mon sabot moteur.
2) Matmata - Nalut (295km + 142km, 26 avril)
C'est la vrai première journée de course avec une long spéciale chronométrée. Je prend mon rythme. Je me gamelle une première fois sur un passage d'oued bien mou mais sans gravité à par d'avoir cassé mon rythme. En milieu de parcours, mon klaxon Sentinel retentit. Les premières voitures sont là et me dépassent, laissant un gros nuage de poussière. Le pilotage en devient plus difficile et ma moyenne chute. Au passage de la 5 ou 6ème voiture, je fais un écart sur la gauche et tape violemment dans une herbe à chameau. Je suis éjecté de la moto (et chante le titre bien connu « I beleive I can fl. ») et me retrouve, sonné, à terre. Le pilote voiture s'arrête brièvement pour voir si tout va bien (bien sur que non) et repars rapidement. Je reprend mes esprits, me relève et ma moto aussi et constate que le guidon est tordu! encore 100 kilomètre de spécial a faire, péniblement, car ni la positions assise, ni la position debout n'est pratique avec un guidon en forme de corne de vache...
J'arrive finalement à la fin de la spéciale, mais l'assistance n'y est pas, la douane tuniso-lybienne n'est pas loin... et j'y passerais 5h pour un malheureux coup de tampon dans mon passeport. Je ronge mon frein, car j'ai du travail à faire sur la moto. En plus je repars de nuit ... et c'est a ce moment que je remarque que j'ai cassé mon ampoule. Heureusement, un camion d'assistance m'éclaire la route avec un gros phare au xeon qui éclaire comme en plein jour, c'est top!
J'arrive finalement au bivouac, l'assistance c'est placé un peu à l'écart, la nuit devrait être un peu plus calme. Je prend rapidement mon repas et une douche (ou l'inverse) et m'attaque à l'entretient de ma moto. Joann & Jean-Claude sont occupés avec les quad et je change le guidon de la Yam pendant ce temps et vérifie les niveaux.
3) Nalut - Al Qarit -(359km + 28km, 27 avril)
L'organisateur a prévu des ravitaillements essence aux bivouacs, mais avec mes 5h en douane, je n'ai pas pu le faire... je quémande à droite et à gauche et obtient une dizaine de litre qui devrait être suffisant pour aller jusqu'au premier ravitaillement.
Il fait encore un peu frais quand je pars et la piste est magnifique. Il y a un peu de verdure (toutes choses en proportion), la piste est roulante et le road-book facile à suivre. Après les frustrations du jour précédent, c'est l'ivresse des grandes étendues, une promesse d'une journée magnifique et c'est pour ça que je suis ici. Sous mon casque je chante à tu-tête « I'm still standing, yeah, yeah, yeah ». C'est que du bonheur!
Le soleil monte dans le ciel et les températures grimpent aussi, la verdure disparaît au profit de la caillasse et à 3km du ravitaillement je tombe en panne d'essence! Heureusement, un quad me file de l'essence et après avoir ré-amorcé la pompe à essence, je fais les pleins de la brêle et du bonhomme. Je repars de plus belle. Dans l'après-midi, on se tape une piste tout droite, cap plein est, et très cassante, y'en a pour environ 70km. Je n'arrive pas à trouvé un rythme et n'arrive pas à trouver une position confortable sur la bécane. Bref, je subis et j'attends que ça passe!
Le soir précédent, on avait reçu un correctif du road-book. Sur un haut plateau, une des corrections nous faisait bifurquer à droite... et là impossibles de trouver la sortie du plateau. Il y a une dizaine de véhicules qui cherchent une sortie mais à chaque fois on se heurte à des falaises qui empêche tout progression. A force d'épuiser tout les possibilité « à droite » et de regarder au loin le mouvement des autres, je commence à chercher « à gauche » et trouve finalement le col qui me permet d'échapper à ce plateau, mais j'aurais perdu une bonne heure à en trouver la sortie. La descente se fait dans une large vallée verte avec un sol sablonneux qui contraste fortement avec la caillasse aride que je viens de quitter.
Il reste moins de 30km avant l'arrivée quand soudain je me retrouve au sol, a nouveau sonné. Concentré sur le road-book, je n'avais pas fait attention à une section molle de la piste qui m'a désarçonné et jeté au sol. Avec la fatigue du jour, je me relève péniblement et la moto aussi. Une voiture (en course) passe, et me donne une bouteille d'eau que je bois d'une traite. Je fini la spéciale et me rend au bivouac sans autres incident où je fait immédiatement le plein!
Les quad arriveront une heure après moi. Les portions cassante de la piste auront eu raison des supports d'instruments et globalement les machines auront bien souffert. Joan et Jean-Claude ont du boulot ce soir.
Sur la Yam, la soudure du support principale des réservoirs a lâcher, mais Joan a un petit poste à souder (et une génératrice) et on remet la pièce en place. Dans l'opération on débranche le CDI, afin de le protéger contre une surcharge électrique... cette opération bénigne me vaudra 3 jours de galère électrique....
4) Al Qaryat - Idri (459km + 164km, 28 avril)
On commence la journée par plus de 150km de bitume. Et en Lybie ça veut dire 150km de rien. Juste un village au km 80 où on refait le plein. Sinon, rien de chez rien. Je rejoint finalement le départ de la spécial et part pour la course de la journée. Je progresse rapidement, la piste est roulante et à part un road-book un peu vague au départ, je suis sur la bonne trace. Tout ce passe bien. Les étendues sont immense et on passe dans des grandes plaine parfois sablonneuse ou bien rocailleuse, mais la piste est rapide dans l'ensemble et il n'y a pas trop de piège de navigation. Après quelques heures de roulage, je me fais dépasser par les premières voitures, mais j'ai appris ma leçon et suis extrêmement prudent quand je me met de coté pour les laisser passer.
Au KM210, vers 12h00, mon moteur s'arrête! Je vérifie l'essence mais je suis plein à ¾. A ce moment, un 4x4 de l'organisation passe, me donne de l'eau et des vivres et signal ma position au PC de course et au camion balai. Heureusement, je suis tombé en panne à coté du seul arbre à 50km à la ronde. Comme je sais que ca va prendre au camion plusieurs heures pour arriver, je m'installe tranquillement à l'ombre de l'arbre et je me mets à l'aise. Je vérifie l'état du carburateur mais pour ça je dois déposé le sabot moteur et une moitié du réservoir. Je nettoie la cuve du carbu et le gicleur, mais le moteur ne veut pas démarrer. Ça pétarade un peu, mais rien à faire.
Pendant que je bricole, des ouvriers libyens en route vers un chantier s'arrêtent pour me faire la causette et me donnent une bouteille d'eau fraîche. Sympa! Ils sont accompagné par 2 russes dont un parle un peu anglais. Il sont tout content de me voir et aussi le passage régulier des voitures en course. C'est l'animation du jour, voir de la semaine. Ils en profitent pour prendre des photos.
Ils repartent et je retourne à ma recherche de panne... Je n'ai pas pas la bonne clef pour démonter la bougie, je regarde alors du coté du CDI en le débranchant. Les cosses on l'air propre, mais je nettoie tout de même les connecteurs à l'essence. Je re-branche tout et essaye de re-démarrer le moteur... qui revit! Eurêka, c'était donc le connecteur du CDI. Je remonte fébrilement le réservoir et le sabot moteur, me rhabille et m'apprête à repartir quand un autre 4x4 de l'organisation s'arrête sous mon arbre! Je leur indique que je repars pour le reste de l'étape. Je démarre mon moteur, qui crève après 10 secondes. Dépité je baisse les bras...
Le 4x4 confirme au PC de course que je suis en panne, et je me résigne à attendre le camion balai. Un moment plus tard, ne pouvant rester les bras croisés, je triture les câble du CDI. Le moteur démarre une nouvel fois, mais je n'ose pas repartir de peur de re-tomber en panne dans un endroit moins confortable. J'ai à nouveau la visite d'un groupe Libyo-russe mais bientôt je suis seul sous mon arbre. Les véhicules en course sont de plus en plus rare et vers 18h00 je vois finalement le camion balai se pointer...
J'apprends que Christophe est tombé en panne (problème de boite de vitesse). Son quad est à bord du camion mais il est rentré en hélicoptère au bivouac. On charge ma moto et je grimpe dans la cellule passager. Celle-ci fait 3m sur 3m avec une seule fenêtre vers l'arrière. Ca va être sport! Au fur est à mesure qu'on avance, on ramasse encore 3 motos et un quad (celui d'Alex, qu'à exploser le moteur) avec leur pilotes respectifs. On arrive dans la partie sableuse de la spéciale du jour et le camion a de la peine a franchir certaines dunes. Dans la cellule passager, on est brassé, avec une forte envie de gerber vu qu'on voit rien vers l'avant et de toute façon la nuit est tombée. On s'habitue aux bruits et mouvements du camion: 1ère, 2ème, 3ème, on monte, 2ème, 1ère, calé! Marche arrière, grande prise d'élan, et ça recommence. Basculement de la cellule vers l'avant. Yesss!! c'est passé! Et on attaque la prochaine dune. Pendant la nuit, sur certaines dunes, c'est plus de 10 tentatives pour passer un cordon. On somnole pour faire passer le temps mais de temps à autre un mouvement brusque ou un bruit bizarre nous réveille en sursaut et on se regarde tous en essayant de deviner ce qui vient de se passer... Le jour se lève mais on est pas encore au bivouac. Finalement vers 8h, c'est la délivrance.
5) Idri - Idri (0km)
La course du jour est déjà partie. Mais vu les circonstances, l'organisateur nous donne une pénalité forfaitaire et nous permet de repartir le lendemain. On profite pour mettre la Yam en état, ce qui est rapidement fait, Joan me fixe solidement les connecteurs du CDI. Ensuite il s'attaque au changement du moteur de Christophe... c'est là qu'il découvre que la boite à vitesse n'a rien mais c'est le renvoie au guidon qui pose un problème. Pour le quad d'Alex, y'a rien a faire. Je propose à Christophe de rouler avec lui sur le reste de l'épreuve mais au final, il décide de ne pas repartir en course. Les 2 quads abandonne là.
A mi-journée, Ils s'arrangent avec le team Schlesser pour transporter les quad jusqu'au prochain bivouac et décident de partir déjà pour le bivouac, car il y a plus de 900 bornes de bitume à parcourir. Je reste donc seul au bivouac et m'arrange avec mes « voisins de palier », Patricia et Olivier, un couple qui fait l'épreuve en régularité, pour transporter mes affaires. Le reste de la journée c'est un repos bien nécessaire.
6) Idri - Sinawan (502km + 123km))
Au petit matin on apprend que la camion balai c'est renversé dans les dunes de l'étape du jour précédent. Heureusement, il n'y a pas de blessé parmi les 9 passagers qu'il y avait à bord. Pour des raisons de sécurité, l'organisateur décide de neutraliser la manche du jour et de ne pas chronométrer le parcours. Il faudra tout de même effectuer les 600km entre Idri et Sinawan, mais en mode « cool ».
Je profite pour partir rapidement. La première piste est de la tôle ondulée et une fois de plus je retrouve le GPS sur mes genoux. Après deux arrêt, j'arrive finalement à le faire tenir grâce aux durits de mise à l'aire des réservoirs d'essence.
Un peu plus tard, on roule sur une grande mer de sable, c'est tout bonnement magnifique. C'est un grand plateau de sable, sans dune, à perte de vue, cap plein nord.
Au détour d'une piste j'aperçois Thierry (avec qui j'avais passé la nuit dans le camion balais, son moteur ayant serrer), arrêté au bord de la piste entrain de chercher quelque chose sur le bord de piste. Il a perdu sa vis de vidange! Il est en rogne, car il vient de faire changer son moteur et son mécano n'a pas été foutu de serrer la vis de vidange correctement! Plusieurs motard et voiture s'arrêtent pour donner un coup de main. On est pas en course, la solidarité fonctionne à fond. Finalement il arrive à repartir en ayant forcé une bougie dans le trou de vidange et ayant fait le plein d'huile!
Au KM210 (eh oui encore), à 10km du ravitaillement, mon moteur s'arrête à nouveau! Je ne veux pas croire que ça soit encore le CDI qui me pourrit la vie. Je vérifie quand même mon niveau d'essence, il y en a assez, et vérifie qu'il y a bien de l'essence qui arrive au carbu. Je doit me rendre à l'évidence que c'est encore le CDI qui pose problème. Comme Joan a bien emmailloté les connecteurs, je dois déposer le réservoir droite pour y accéder. Je démonte tout ça, et remarque que 2 des cosses d'un des connecteur semblent oxydés! Je gratte tout ça à l'aide de mon canif, re-branche le tout et fait craquer le moteur! Alléluia c'est bien ça! Il m'aura fallu 1h30 pour faire la réparation, mais cette fois je repars! Pendant tout le temps de la réparation, plusieurs motards et voitures ce seront arrêté, mais y'avait pas grand chose qu'ils pouvaient faire.
Je me pointe au ravitaillement et fais le plein de la moto et profite pour m'alimenter. Le CDI ne me posera plus de problème pour le reste de la course!
Il reste encore 400 bornes à faire, c'est de la piste rapide, avec peu de section cassante. A un moment je me tire la bourre avec un camion qui avance juste un peu plus lentement que moi.
Finalement, j'arrive au bivouac. Joan et Jean-Claude me font l'entretient sur la moto, dont une vidange et je leur indique que le roulement de roue avant à du jeu. Je leur demande aussi d'asperger les connecteurs du CDI de spray contact. Le dérouleur de road-book ne fonctionne qu'en marche arrière.
Je prends vite une douche. Christophe m'annonce que Schlesser leur a prêté sa remorque pour qu'ils puissent remonter les quad à Tunis. Ils ne seront pas au bivouac de El Borma! C'est une décision unilatéral et je comprend vite qu'ils me laissent tomber, sans autre! Un peu plus tard, je leur demande confirmation qu'ils seront au moins à Ksar Ghilane (le dernier bivouac), mais ils me répondent évasivement. Je demande à Joan de me préparer une caisse de pièce (leviers, embrayage, petite boite à ouitls, etc...). Alex met son grain de sel en disant que les pièces qu'ils ont sont pour les quad et non pour la Yam... Super le team! Joan me dit qu'il préparera une caisse et me la laissera à coté de ma tant. Je vais me coucher! Demain 'faut se lever à 3h30! C'est Patricia & Olivier qui seront mon assistance pour le reste de la course. La nuit sera pénible et bruyante.
7) Sinawan - El Borma (314km + 162km)
Joan ne m'a pas préparer une caisse de pièces... j'essayerais donc de finir le rallye sans assistance mécanique. Départ à 4h du matin pour rallier la douane à plus de 150km (sur bitume) pour ensuite poireauter « que » 2h en douane à attendre le tampon libyens dans le passeport. La dernière station essence avant la douane est fermée. Un fois passé la frontière, je cherche du carburant dans le premier village. J'en trouve finalement en bidon de 20l entreposé dans la cour d'un particulier. Je fais le plein en espérant que je n'aurais pas de surprise quant à la qualité...
Départ de la spéciale avec 1h de retard, pour 315km de piste. Le départ est intéressant avec un oued à remonter mais bientôt on emprunte une piste rapide et ennuyante. Au KM 190 c'est le ravitaillement. Je fais les pleins et repars pour attaquer les 1ère dunes de la journées. Il y a un col à passer. Le soleil est haut et les reliefs écrasés. C'est difficile de faire sa propre trace et j'emprunte parfois le tracé fais par les autres concurrents, mais le sable y est mou. À 2 ou 3 occasions, je benne la moto mollement. Avec 37 litres, c'est un gros effort que de la relever mais finalement je vois la fin du col.
A peine sortit de la passe, je loupe une bifurcation et pars tout droit en suivant des traces. Je grimpe à nouveau sur des dunes, franchit un second col quand j'aperçois en contre-bas deux pilotes. L'un est couché au sol et sa moto est sur le flanc. Le second est entrain de lui porter assistance. A ce moment, le PC de course m'appel sur le combiné GPS / téléphone satellite et me demande si je suis a coté du pilote blessé pour leur dire que l'hélicoptère médical va bientôt arrivé. Je m'arrête pour donner un coup de main, faire de l'ombre, etc. Un fois l'hélico arrivé, j'aide à installer le pilote blessé sur le brancard et rassembler ses affaires. J'en profite pour me restaurer et boire.
Il aura fallu plus de deux heures entre le moment ou je suis arrivé et le départ de l'hélico. Il s'agit de ne pas traîner. Thomas (le pilote valide) et moi décidons de faire route ensemble pour la fin de l'étape. On repart (pas franchement dans la bonne direction) et commençons à gravir un nouveau cordon de dunes. Mais a peine parti, Thomas s'arrête, épuisé. Il a calé et n'arrive plus a kicker sa KT. Il m'inquiète, son regard est absent. Un camion de course est en panne non-loin de là et je demande à Thomas de boire pendant que je descend sa moto vers le camion. A ce moment, un hélico de l'organisation apparaît avec Cyril a son bord. Après avoir atterri, Cyril me re-descend ma moto pendant que Thomas est pris en charge par les autres occupant de l'hélico. A bord de l'hélico il y avait un autre pilote moto qui venait de se faire écraser sa moto par camion (il faisait une petit pause à coté, la moto arrêtée sur la piste). Il propose de rapatrier la moto de Thomas au bivouac. Je vide quelques bouteille d'eau supplémentaire et Cyril nous explique le chemin le moins fatiguant pour contourner les cordons de dunes.
On contourne les dunes et on gravit « la passe des douaniers » (c'est la bifurcation que j'avais loupé quelques heures auparavant). Le pilote de la moto de Thomas cale dans montée de la passe et n'arrive pas à démarrer la moto. Je le fais pour lui, mais quelques centaines de mètres plus loin, même scénario sur un franchissement de petites dunes (moins de 1m50 de haut). Sauf que cette fois le pilote est (aussi) épuisé et refuse d'avancer. Il est prostré. J'ai beau l'encourager (d'abord calmement et ensuite en pétant les plombs) en lui indiquant qu'on est bientôt sortit de la passe mais rien n'y fait. Finalement je rappel le PC de course pour que l'hélico revienne le chercher, ce qui est fait quelques minutes plus tard.
Il est 18h00 quand je repars du KM210 et j'ai encore 100km à parcourir jusqu'à la fin de la spéciale. Et là, c'est deux heures de bonheur total. Avec le soleil couchant, la température est presque agréable et la luminosité n'écrase plus les reliefs. Je suis seul et y'a plus personne pour me faire chier, pas de voiture ou camion qui risque de me dépasser. La piste virevolte sur de grandes vagues de sables. C'est le pied! Je surf de crête en crête et gueule dans mon casque mon ivresse, toujours et encore, « I'm still standing »!
Mais y'a une fin à tout et j'arrive finalement au dernier contrôle de passage où m'attendent inlassablement deux commissaires. Après une courte pause, on repart de concert sur une piste rapide mais sablonneuse et pour mitiger le guidonnage, 'faut garder la pression sur la poignée des gaz. Au puits carré, les commissaires s'arrêtent et je poursuis ma route dans le crépuscule, mais finalement la nuit me rattrape. Une pénible demi-heure plus tard, je suis accueilli par les militaires de la station pétrolière de El Borma qui m'escorte jusqu'au bivouac.
Patricia et Olivier ont trouvé un coin tranquille. Je laisse la moto en plan, me douche et me restaure. Je profite pour prendre des nouvelles du bléssé (évacué sur Médénine) et aperçois Thomas sous la tente médical, allongé sur un lit, une perfusion dans le bras. Je lui parle un peu mais c'est pas la forme. On me dit qu'il va être evacué. Je prépare ensuite mon road-book pour le lendemain et m'affale sur mon matelas de sol sans monter la tente...
8) El Borman - Ksar Ghilane (282km + 46km)
Vers 3h du matin, un génératrice démarre à moins de 20m! J'ai pas fini ma nuit et j'en peux plus de tout ce vacarme. Après un moment je me lève, pète un plomb et fait éteindre la génératrice... mais ma nuit est foutu et je ne retrouverais pas le sommeil dans les 2h qui me reste.
La spéciale n'est pas trop longue et une fois éloigné du complexe pétrolier, on « coupe à travers champs », plein est, et on traverse une série de petites dunes avant de retrouver de la piste cassante.
Pour m'éviter l'ennui, une soudure de mon réservoir décide de se fissurer. L'essence fuit mais le volume n'est pas important, pas de quoi s'inquiéter ... pour le moment. Je tente tout de même une réparation de fortune avec du mastique, mais vu que l'essence coule, même quand la moto est couchée, le mastique ne tient pas.
J'arrive finalement sans plus d'encombre à la palmerai de Ksar Ghilane. J'y suis tôt et en profite pour me détendre avant de faire un dernier entretien sur la Yam. Y'a un monde fou. Car y'a pas mal de monde venu exprès pour voir les 2 derniers jours de course (charter organisé depuis Paris). Djerba n'est pas loin!
Patricia et Olivier ont un bidon d'huile qui me permet de faire le complément (ce qui nécessite la dépose du réservoir et du sabot moteur) et je colmate ma fuite d'essence. Cette fois, la réparation tient! Je constate que la couronne et la chaîne arrivent en fin de vie mais je ne peux rien faire sauf espérer qu'elles tiennent encore un jour de course. J'ai besoin d'encore quelques petites pièces, principalement de la visserie et vais quémander auprès d'un team ou d'un autre. Je suis chaque fois bien accueilli, et les mécano des team me trouve chaque fois ce que j'ai besoin! Ca change!
Depuis quelques jours le roulement de roue avant donnait des signes de faiblesse, mais ça à pas l'air de s'empirer. Le moteur électrique de mon dérouleur de road-book semble avoir rendu l'âme. Je vais devoir le dérouler à la main, tout en pilotant... il est temps que ce rallye finisse...
Avec tout ce monde, la cuisine à de la peine à suivre. Après avoir manger, et préparer mon road-book, je vais me coucher. Ce soir on est vraiment loin de tout et je dormirai au calme!
9) Ksar Ghilane - Djerba (286km + 50km)
Dernière ligne droite, dernier jour de course, 'faut absolument arriver. Si la Yam tient le coup, c'est gagné. Il s'agit d'économiser tout, pas de coup de gaz, pas de mouvement brusque, tout en douceur.
Je quitte la palmerai par une piste un peu cassant mais pas trop. Après un moment on arrive dans des zones habitées, on emprunte des routes bitumées, traversons des vallées cultivées. Bref, ça contraste avec l'aridité et le désert des jours précédents.
J'écoute anxieusement les divers bruits de ma brêle et vérifie la réparation faite au réservoir. Jusque là, tout va bien! La piste devient roulante et je peux dérouler le road-book sans trop de problème. C'est touristique aujourd'hui avec la visite de Ksar (villages fortifiés) et quelques passage de chott (lacs asséchés ou presque).
Au détour d'un village, il y a un pilote en panne au bord de la piste. C'est Oscar, 4ème au classement général... Il a cassé sa chaîne (probablement trop tendue). Je regarde dans les quelques rares pièces que j'ai sur moi et heureusement pour lui, j'ai LE maillon rapide qui s'adapte à sa chaîne et va lui permettre de repartir.
Je continue mon parcours, une certaine fébrilité s'installe. Il reste moins de 20km avant l'arrivée. C'est trop pour pousser la brêle si je casse quelque-chose maintenant. Je regarde défiler les kilomètres et les comptes un par un, ça n'avance pas... plus que 10 puis ensuite 5, le bord de mer, la plage, 2km, je vois l'arrivée, l'émotion me gagne. Je passe sous l'arche d'arrivée!
Yes! Je l'ai fais! Défi relevé! J'ai complété ce rallye et suis arrivé au bout malgré les divers galères. Je suis accueilli par Stéphane Claire (le directeur de l'épreuve), par Cyril Neuveux (directeur de course) et aussi par JC. Tous me félicitant chaleureusement. C'est un grand moment pour moi.
10) Épilogue
Je ne profiterai pas bien longtemps de l'hôtel à Djerba. 'faut organiser le transport de la moto jusqu'à Tunis (a 550km de là). J'avais prévu de le faire initialement en roulant mais vu l'état du bonhomme et de la brêle je préfère cette solution. Départ à 5h du matin pour Tunis pour prendre le ferry. Le transporteur de la moto aura une panne et n'arrivera que 10 minutes avant la fermeture des portes du ferry... encore un peu de stress.
Finalement à bord du bateau, je me détends...
Ca, c'est fait! :-)